Voici un petit conte que j'ai écrit, qui fut certainenemen l'événement déclencheur de toute une histoire, je tenais à le mettre et même si beaucoup de personne ne comprendront pas son intérêt, il en a beaucoup pour moi.
Le temps d'un souvenir.
Stop ! Le monde se fixa, la vie s'arrêta. Stop ! Quatre lettres plantées nettes. Théo, plongé dans ses pensées, somnolait, couché sur son banc d'école. Les songes l'envahissaient. Et si... et si... Et s'il pouvait maîtriser le temps, son débit, son écoulement, l'affronter, le remonter, le surpasser, et si... Les cours passeraient plus vite, les amours seraient plus longues, la joie subsisterait, la tristesse s'effacerait ; Théo songeait.
Des songes en vain, du temps perdu, Théo ne savait plus , ses réflexions le perturbaient, sans cesse il désirait profiter des secondes qui s'empilaient et que l'ennui lui dérobait. Et de nouveau : stop ! Tout s'arrêtait. Il s'apaisait, se torturait et enfin, il s'endormait. Durant des nuits entières il transpirait, le long de ses joues la sueur glissait, la chaleur l'étouffait ; désespérément il attendait le matin qui le sauvait. Stop ! Le temps le hantait. « Comment lui survivre ? comment le vaincre ? un problème sans solution ! Théo agonisait, le temps défilait.
Stop ! Le temps s'acharnait, Théo ne comprenait pas, le temps donnait mais il reprenait aussi ! Ainsi Théo perdit son père ! Vint ensuite le tour de sa mère. Théo grandissait, et plus il avançait, moins il se réjouissait. Ce rêve de pouvoir un jour contrôler le temps avait-il disparu ? La vie perdait son sens, le temps sa valeur. Théo s'égarait, il perdait toutes notions. Le temps s'éloignait, il ne le contrôlait pas, il l'ignorait.
Enfin, la vie revenait, Théo renaissait, Fanny était apparue, celle qui dans le c½ur de Théo arrêtait le temps. La vie allait bon train, Théo se maria, eut des enfants. Tout allait pour le mieux ! Stop, le rêve revint. Théo l'avait oublié, mais l'envie était toujours là. Le défilement de toutes ces années le rattrapait, Théo le savait ! Son rêve d'enfant qui jadis le hantait, réapparaissait. Théo y pensait, jour et nuit, cela le rongeait, sa femme en souffrait, il l'aimait et tentait d'oublier ce fichu rêve ! « Pourquoi moi, se disait-il ? » Le temps continuait, Théo s'enfuyait.
Les jours passèrent, les mois et les années, Théo avait grandi, puis rapetissé, l'âge l'avait embelli et ensuite vieilli. La nuit tombait. Stop, le temps d'un songe, la vie s'arrêtait ! Théo repensait, nostalgique, à cette matinée, durant laquelle il s'était surpris à vouloir maîtriser le temps. Mais, en cette époque reculée de sa vie, la fin approchait. Assis dans son divan, face au feu crépitant de la cheminée, il se répétait : « Le temps s'écoule, le temps s'en va ! Quelle folie d'avoir pensé le contrôler ! » Couchés près de lui, ses petits-enfants le regardaient.
Hugo, le plus petit, fort proche de son grand-père, impressionné par ce sage homme, venait parfois écouter celui qui, pour lui, vivait dans un monde magique ! Il adorait entendre les histoires que son grand-père racontait. Hugo découvrait le monde et ce soir-là, il demanda à son grand-père de lui raconter sa vie! Théo, enchanté, s'exécutait et c'est ainsi qu'il démarrait la plus belle soirée de sa vie. Il évoqua la douceur de sa mère, l'odeur de son parfum à la violette, les heures passées dans les champs voisins, les parties de foot souvent trop courtes, les amours pas toujours rose, les vacances entre amis, les farces de son enfance, les promenades qui... Hugo dormait, Théo ne s'en était même pas aperçu ! Il le regardait longuement et le long de ses joues les larmes coulaient ! Hugo venait d'offrir à Théo, son grand-père, le pouvoir de contrôler le temps. La clé du temps se trouvait là où Théo n'avait pas cherché... Au fond de son c½ur ! Les souvenirs sont les portes du temps !
Théo souriait à présent, car dans ce monde pressé, où le temps nous manque, lui avait compris que le temps est un présent. Stop, le temps s'arrête ! Stop, les souvenirs restent ! Stop Théo s'endort...